Le féminisme, mot à bannir ?

Les féministes n'ont pas fini de se battre pour faire respecter leurs revendications

Eteignons l’incendie avant même qu’il ne démarre : il n’est pas question ici de se remettre en cause le combat des femmes pour l’égalité dans la société. Maintenant que c’est dit, nous allons pouvoir nous intéresser au vif du sujet. C’est du Times que vient l’épicentre d’un débat actuellement mené sur le web puisqu’un sondage nous y apprend que s’il fallait bannir un mot cette année ce ne serait autre que « féminisme ». Machisme ou ras le bol, telle est la question.

 

Le sondage qui défraie la chronique

Remettons les choses dans leur contexte avant tout. Novembre 2014, comme tous les ans, le site du célèbre journal Times publie un sondage (ici en VO) quelque peu second degré demandant aux internautes quel est le mot qu’il faudrait bannir cette année. Pour vous donner un ordre d’idée du genre de mots généralement « bannis », les années précédentes ont vu la victoire d’OMG (acronyme signifiant « Oh mon dieu ! »), de YOLO (« On ne vit qu’une fois » hymne appelant à faire les choses les plus stupides avant de mourir) ou encore twerk (la danse popularisée par Miley Cyrus).

Cette année, la rédaction propose une jolie liste de mots parmi lesquels on retrouve Bae (que l’on pourrait traduire par « Mon (ou ma) chéri(e) »), kale (cette salade très tendance outre-Atlantique) ou encore On nom nom nom (une onomatopée qui  traduit le fait de dévorer son repas). Et au milieu de ces mots trop utilisés ou tout simplement énervants, la rédaction glisse le mot « féministe ».

Or, à la surprise générale, c’est bien « féministe » qui l’emporte et de loin sur ses concurrents. La suite devient assez habituelle : la rédaction s’excuse d’avoir placé le mot dans sa liste, expliquant qu’elle souhaitait juste ouvrir une réflexion sur l’utilisation récente du mot dans la sphère publique et que cette volonté s’était perdue. Et la rédaction du Times se retrouve donc avec sur les bras un encombrant débat qui déchaine les passions.

 

Remise en question du marketing ou machisme primaire ?

On peut trouver deux explications totalement ancrées dans l’actualité pour expliquer cette victoire du mot : d’un côté, la sur-utilisation du mot et sa récupération à des fins de marketing ; de l’autre, l’explosion du machisme sur le web.

Dans le premier cas, il faut se tourner vers les récentes performances de certaines artistes comme Beyoncé qui s’est fait remarquer en apparaissant sur scène devant un écran géant indiquant « feminist ». Cette prestation, vue entre autres sur la scène des MTV Video Music Awards, fut à l’origine d’un débat entre ceux qui y voyaient une bonne cause pour la cause féministe et ceux qui voyaient surtout une récupération intéressée du mot. Car après tout Beyoncé est à des années lumière de la mouvance profonde du féminisme et l’on remarque que le mot est martelé par la moindre star en mal de notoriété. Le débat est bien entendu ouvert de ce côté mais cette exploitation du mot pourrait expliquer une partie du ras le bol. D’ailleurs, l’explication apportée par le Times sur le mot joue en faveur de cette explication.

D’un autre côté, ces derniers temps le web est devenu un champ de bataille entre machistes primaires et féministes, chacun renvoyant l’autre à sa place, profitant de l’anonymat du web pour exposer des points de vue souvent très tendancieux. Du coup, des groupes féministes n’hésitent pas à pointer du doigt les sites comme 4chan qui regroupent machos et trolls à la recherche d’un bon coup pour rire aux dépends des autres. On pourrait effectivement imaginer qu’il ne s’agit là que d’une manœuvre destinée à raviver les flammes d’un conflit sans fin à l’image de celui qui voit s’opposer tenants de la religion et athées.

En attendant, on ne peut que constater que ce simple sondage soulève bien plus de poussière qu’il ne devrait, devenant un sujet qui déchaine les passions plutôt que d’ouvrir à une réflexion sur la place de la femme dans la société. Autant dire que chez 4chan, on n’a pas fini de rigoler.